AccueilInfolettreContactPlan du siteMentions légalesRSSMessagerie

Accueil > Actualités > Discours > cérémonie d’ouverture de la réunion des Ministres des Finances des Etats membres de la Zone Franc

cérémonie d’ouverture de la réunion des Ministres des Finances des Etats membres de la Zone Franc

Discours de Son Excellence Monsieur Abdoul MBAYE, Premier Ministre de la République du Sénégal, prononcé à l’occasion le 8 avril 2013.

Le Premier Ministre a présidé ce 08 avril la cérémonie d’ouverture de la réunion des Ministres des Finances des États membres de la Zone Franc.

Après avoir dit l’importance de cet instrument de coopération monétaire, il a souligné la faiblesse du financement de l’activité économique notamment dans le secteur primaire et le coût élevé du crédit et, a exhorté institutions, gouvernements et secteur privé à entreprendre les réformes destinées à résoudre les problèmes de financement de nos économies.

Le Premier Ministre a en outre évoqué la crise malienne pour, au delà du traitement des questions politiques inviter à créer les conditions d’une restauration des capacités économiques du pays en partie affectées par le conflit.

MONSIEUR LE VICE-PRÉSIDENT DE L’UNION DES COMORES,
MADAME ET MESSIEURS LES MINISTRES DES FINANCES DE LA ZONE FRANC,
MESDAMES ET MESSIEURS LES MINISTRES, _ MESSIEURS LES PRÉSIDENTS DES COMMISSIONS DE LA CEMAC ET DE L’UEMOA,
MESSIEURS LES AMBASSADEURS ET CHEFS DE MISSIONS DIPLOMATIQUES,
MESSIEURS LES GOUVERNEURS DES BANQUES CENTRALES,
MESSIEURS LES PRÉSIDENTS DES BANQUES DE DÉVELOPPEMENT,
MESSIEURS LES PRÉSIDENTS DES INSTITUTIONS FINANCIÈRES RÉGIONALES ET INTERNATIONALES,
MESSIEURS LES ADMINISTRATEURS AU FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL ET A LA BANQUE MONDIALE,
HONORABLES INVITES,
MESDAMES, MESSIEURS,

Le Sénégal est honoré et fier d’accueillir pour la deuxième fois, cette importante rencontre qui regroupe les Ministres des Finances des pays de la Zone franc, les Gouverneurs des Banques Centrales et les Présidents de Commission et des Banques de Développement de la Zone ainsi que diverses institutions sous-régionales, régionales et internationales.

Je voudrais à cet égard, au nom de tout le peuple sénégalais et au nom du Chef de l’Etat, son Excellence le Président Macky SALL, vous souhaiter la bienvenue à Dakar.

Le Président de la République du Sénégal accorde une importance capitale à vos travaux, et m’a chargé de remercier tout particulièrement les Autorités de la République sœur du Mali, qui ont proposé notre pays pour abriter la présente rencontre dont l’organisation leur revenait. Ces remerciements s’adressent en outre à tous les Ministres des Finances de la Zone qui ont bien voulu acquiescer la proposition.

Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi d’exprimer ma grande appréciation de la qualité des réflexions et des recommandations qui découlent habituellement des réunions de la Zone franc. Elles sont sources importantes de mesures qui inspirent nos Etats et influencent en permanence nos politiques économiques, monétaires et financières, singulièrement pendant les moments les plus difficiles.

Cet instrument de coopération monétaire, unique au monde, symbolise la qualité des relations historiques, politiques, économiques et culturelles qui lient la France aux pays qui ont pour monnaie le Franc, et traduit notre commune volonté de rester ensemble pour gérer nos monnaies solidaires.

Mesdames, Messieurs,

Les efforts importants consentis par nos Etats et institutions communautaires ont permis à la zone franc de s’adapter aux défis et mutations de l’environnement économique et financier mondial.

Il est en effet heureux de noter que, dans la plupart des Etats membres de la Zone franc, et en dépit du contexte économique et social peu favorable, la croissance économique s’est inscrite dans une bonne dynamique. En outre, les taux d’inflation y sont relativement bas, l’endettement public soutenable, le cadre macroéconomique viable et les déficits budgétaires maîtrisés à certains égards. Par ailleurs, la monnaie y bénéficie de la confiance des agents économiques et participe à l’atténuation des chocs exogènes.

Ces acquis qui nous procurent des avantages certains par rapport à nos concurrents immédiats, constituent au demeurant des conditions nécessaires, mais pas encore suffisantes pour impulser le développement dans nos pays.

D’importants défis restent à relever par nos Etats. Ils ont pour noms persistance de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire, manque d’infrastructures de qualité, déficit énergétique, faible diversification des économies, chômage des jeunes et précarité.

Les réflexions menées ces dernières années dans nos pays et au sein des instances communautaires mettent notamment en exergue la lancinante question du déficit de financement des économies, les risques d’instabilité financière et la faiblesse des échanges intra régionaux. Il s’y ajoute la nécessaire restauration d’un climat de paix et de stabilité politique, sans lequel toutes nos actions sont vouées à l’échec.

Mesdames, Messieurs, Chers participants,

L’on s’accorde tous sur le fait que l’activité économique dans les pays de la Zone Franc reste encore insuffisamment financée et que les financements octroyés ne vont pas toujours aux secteurs porteurs de croissance.

Au sein de l’UEMOA par exemple, la contribution du secteur bancaire au financement de l’économie n’atteint pas 20% actuellement, alors qu’il dépasse 34% au Nigéria, 77% au Maroc et, tenez vous bien, 145% en Afrique du sud.

La part portant sur les concours à moyen et long terme, essentiels pour assurer les fondements d’une croissance économique durable, atteint à peine la moitié des crédits à l’économie.

Ces crédits à l’économie vont, pour près de 70%, au secteur tertiaire, alors que le secteur primaire créateur de forte valeur ajoutée et d’emplois ne reçoit que moins de 10%. A cela s’ajoute le coût du crédit qui reste anormalement élevé.

Par ailleurs, nonobstant les progrès réels enregistrés avec la création d’un marché financier régional en 1996, la gamme de services financiers destinés à la promotion de l’investissement n’a pas encore atteint la taille souhaitée.

Les contraintes au financement des économies ont été suffisamment analysées et identifiées, en particulier dans le cadre des travaux des instances de la Zone Franc. Je ne reviendrai donc pas sur les détails. Permettez-moi simplement de rappeler que la résolution des problèmes de financement de nos économies engage la responsabilité de tous.

Les Gouvernements, les institutions communautaires (Banques centrales, Commissions économiques, banques de développement) et le secteur privé doivent, suivant une démarche concertée, entreprendre les réformes destinées au renforcement de la gouvernance dans les affaires publiques et privées, à l’amélioration de l’environnement des affaires, à l’accroissement de la mobilisation de l’épargne interne et des ressources extérieures, et à la diversification de l’offre de services financiers.

Je salue tout particulièrement les efforts réalisés ces dernières années par nos institutions communautaires, en particulier la BCEAO à travers l’organisation du marché monétaire et les réformes structurelles dont les plus récentes ont porté sur la révision de la norme du ratio de transformation qui passe de 75 à 50%, et la suppression du ratio de structure du portefeuille jadis imposé aux établissements de crédit. Ces mesures adoptées par le Conseil des Ministres et la Banque Centrale participent au renforcement de l’intermédiation bancaire sans mettre en cause la solvabilité des établissements de crédit.

Mais nous devons encore presser le pas pour achever la mise en place d’instruments modernes reconnus pour leur efficacité à promouvoir le financement sain des économies.

A ce titre, il me plait de rappeler les réformes clés identifiées par le Conseil des Ministres de l’UEMOA en 2012 et qui interpellent, de façon générale, l’ensemble des pays africains de la Zone Franc. Elles portent sur la réduction de l’asymétrie d’information sur les marchés avec la mise en place de bureaux d’information sur le crédit, la mise en œuvre d’une fiscalité plus incitative et mieux harmonisée au sein des unions monétaires, et la mise en place de structures efficaces d’appui et d’encadrement des PME/PMI et du secteur agricole, lequel mérite une attention particulière compte tenu de l’enjeu qu’il représente en matière de développement.

Comme cela s’observe dans d’autres régions du monde, l’agriculture, de par ses spécificités, doit bénéficier de structures d’encadrement et d’accompagnement pour son meilleur financement. Des fonds de soutien pourraient à cet effet être créés ; il s’agit notamment de fonds de garantie des crédits, de fonds de calamités et de fonds de bonification des intérêts sur les crédits.

Il nous faut également renforcer le financement d’autres projets intégrateurs, singulièrement dans les domaines de l’énergie et des infrastructures routières avec une dotation conséquente des différents instruments de financement de l’intégration régionale.

Par ailleurs, il convient d’accélérer la mise en place d’un cadre d’appui à la mobilisation des ressources par les Etats membres à des conditions favorables afin de remédier aux problèmes qui limitent l’exploitation optimale du marché des titres publics.

La crise financière mondiale, qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets, montre l’importance à accorder aux dispositifs de prévention des risques de paiement sur le marché de la dette publique. Dans une union monétaire, ce dispositif permet de conforter les bases de la monnaie commune, d’accroitre la résilience de la zone aux crises financières et de rassurer les marchés financiers. C’est pourquoi, la proposition portant création d’un Fonds de stabilité financière nous parait utile à mettre en œuvre.

Mesdames, Messieurs, Chers participants,

Pour tirer un meilleur profit des possibilités et opportunités offertes par la coopération monétaire, le renforcement des flux commerciaux intra régionaux et le rapprochement des systèmes financiers apparaissent indispensables.

Mais comme vous le savez, le niveau du commerce intra régional dans nos zones monétaires ne suit pas les tendances croissantes observées dans d’autres parties du monde. Le commerce communautaire dépasse à peine les 12% de la valeur du commerce global dans nos zones, d’où la nécessité d’intensifier les échanges au sein des communautés pour soutenir les monnaies communes. Il faut, à cet égard, lever les barrières qui persistent qu’elles soient tarifaires ou non. Il faut aller vers une complémentarité de nos systèmes de production, développer les infrastructures communautaires et éviter de trop fortes disparités entre les politiques fiscales.

Toujours est-il que la convergence des politiques et des performances macroéconomiques, restera la clé incontournable de succès de la viabilité des unions monétaires.

Mesdames, Messieurs,

L’organisation de cette rencontre intervient dans un contexte régional marqué par des tensions sociopolitiques accompagnées de foyers d’insécurité menaçant la paix si nécessaire au développement. Au Sahel, jamais menace n’a été aussi forte, et nul n’ignore que les risques concernent toute la sous-région, voire l’Afrique.

Je voudrais, par conséquent, au nom de Son Excellence, le Président Macky SALL, saisir cette opportunité pour adresser aux populations affectées, maliennes notamment, un message de solidarité des peuples et des Gouvernements des pays de la Zone franc qui restent plus que jamais mobilisés pour combattre leurs ennemis, nos ennemis.

A cet égard, il m’est agréable de saluer la courageuse initiative de la France qui a agi avec promptitude et efficacité, en faisant preuve d’un engagement et d’une détermination à la hauteur de la menace et des responsabilités historiques auxquelles elle a, du reste, toujours fait face.

Il me plaît également de saluer la mobilisation exceptionnelle de la CEDEAO et de celle de la Communauté internationale pour permettre au Mali de recouvrer sa souveraineté nationale et l’intégrité de son territoire.

Dans une perspective de sortie de crise, il conviendrait, d’ores et déjà, au delà du traitement des questions politiques qui nécessitera un appui à la classe politique malienne pour l’élaboration d’une feuille de route, de créer les conditions d’une restauration des capacités économiques du pays en partie affectées par le conflit.

Votre apport, vous Ministres des Finances de la Zone franc, pourrait être déterminant.

Mesdames, Messieurs,

Préserver la paix, construire la stabilité sociale, suppose la promotion d’une République des vertus, respectueuse des libertés et des valeurs démocratiques et favorisant un développement inclusif.

C’est uniquement de cette manière que nous pourrions anticiper les crises plutôt que les gérer dans l’urgence.

Le Sénégal est plus que jamais engagé dans le chemin de l’intégration régionale. Il s’évertuera à améliorer sa contribution aux projets intégrateurs. Et d’ailleurs il reste dans cette démarche lorsque nous nous efforçons, au plan interne, d’approfondir la démocratie, de promouvoir la paix et la bonne gouvernance, et de restaurer les piliers d’une économie saine, viable et inclusive.

Dans cette perspective et comme je l’ai indiqué, des interrogations légitimes subsistent en ce qui concerne notamment le financement adéquat de l’économie qui devrait constituer un levier majeur pour notre développement. A cet égard, je ne puis m’empêcher de réitérer une préoccupation majeure du Président Macky SALL, et qui recoupe celle de ses pairs, à savoir le niveau élevé des taux d’intérêt et le coût global du crédit dans un contexte de non rareté de ressources internes et de financement bancaire insuffisant de l’économie.

Je souhaiterais vivement que le cadre constitué des experts et des Ministres de la Zone Franc puisse se pencher de toute urgence sur cette question, sur cette situation paradoxale, afin que des solutions soient trouvées. Et sans doute qu’au delà de la baisse des taux directeurs par les banques centrales, se pose la question de l’efficacité de la transmission de la politique monétaire.

Juste avant de conclure, je soulignerai également que si le retour à des déficits budgétaires acceptables et viables dans la durée est une absolue nécessité, la restauration de la norme doit être intelligemment programmée afin de ne pas tuer le développement, et ainsi créer les conditions du chaos au sein de systèmes politiques qui restent fragiles parce que jeunes démocraties.

En vous souhaitant un excellent séjour au Sénégal, je déclare ouverte la réunion des Ministres des Finances des Etats membres de la Zone Franc.

Je vous remercie de votre aimable attention.

Voir aussi

Pages 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | ...

Actualités

AccueilInfolettreContactPlan du siteMentions légalesRSSMessagerie