AccueilInfolettreContactPlan du siteMentions légalesRSSMessagerie

Accueil > Actualités > Discours > Colloque de l’Amicale des diplômés de l’Ecole polytechnique de Thiès

Colloque de l’Amicale des diplômés de l’Ecole polytechnique de Thiès

Les défis du Sénégal pour un accès universel à l'énergie : Bilan et perspectives Allocution de Monsieur Abdoul Mbaye, Premier ministre de la République du Sénégal King Fahd Hôtel Dakar, le 17 Octobre 2012

  • Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;
  • Mesdames, Messieurs les Ministres d’Etat ;
  • Mesdames, Messieurs les Ministres ;
  • Mesdames, Messieurs les Députés ;
  • Excellences Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs et représentants du corps diplomatique ;
  • Mesdames, Messieurs les représentants des institutions financières et des partenaires au développement ;
  • Mesdames, Messieurs les membres de l’Amicale des Diplômés de l’Ecole Polytechnique de Thiès,
  • Chers Invités,
  • Mesdames, Messieurs ;

C’est avec beaucoup de plaisir que je viens présider, aujourd’hui, l’ouverture solennelle de la rencontre que l’Amicale des Diplômés de l’Ecole Polytechnique de Thiès organise sur le thème : "Les défis du Sénégal pour un accès universel à l’énergie : Bilan et Perspectives".

Du plaisir car l’Amicale se montre, encore une fois, à la hauteur de sa réputation, elle qui nous a habitués à des réflexions inspirées et utiles sur les grandes problématiques scientifiques et techniques auxquelles fait face notre pays.

Elle sait choisir des thèmes d’actualité. Mais surtout, elle sait les traiter avec profondeur, avec le souci constant d’aller au delà du moment, pour rechercher et proposer les solutions structurelles qui seules offrent les vrais remèdes de sortie de crise, parce que durables.

Pendant trois journées donc, cette rencontre va porter sur l’énergie qui, faut-il le rappeler, est au cœur du développement durable, un moyen incontournable pour lutter contre la pauvreté. Nécessaire à toute activité économique, elle est la base de la compétitivité.

Mais si elle se trouve au départ de la croissance, l’énergie se situe également en aval de la croissance puisque le dynamisme économique stimule la demande énergétique.

Le Sénégal n’échappe pas à la règle et, à l’instar de bien d’autres pays en quête de développement économique, l’énergie reste l’un des défis majeurs que notre pays doit relever.

Ce défi s’exprime d’abord à travers la question de l’accès de tous les citoyens à l’énergie.

C’est pourquoi j’ai particulièrement apprécié la façon dont l’Amicale des Diplômés de l’Ecole Polytechnique de Thiès a libellé le thème de cette rencontre : il montre que le problème ne devra être considéré comme réglé que s’il l’est pour tous.

Car l’énergie peut être présentée comme un droit pour toute femme, pour tout homme. Un besoin pour la vie, parce qu’il faut se souvenir que c’est l’énergie qui apporte la lumière et l’eau, tout comme elle conditionne les soins de santé. Elle sert de support aux gestes, aux attitudes les plus élémentaires ; elle rend possible l’action, elle est le contraire de l’inaction. L’énergie, c’est la vie, tout simplement, et le droit non négociable de chaque être humain, c’est de pouvoir y accéder.

La préoccupation d’universalité est portée d’ailleurs par une organisation universelle, celle des Nations Unies, dont l’Initiative "Énergie durable pour tous en 2030" recommande, très concrètement :

  • un accès complet de la population à l’énergie commerciale,
  • un doublement du ratio de l’efficacité énergétique et
  • un doublement du taux de pénétration des énergies renouvelables dans le mix énergétique mondial.

Au Sénégal, notre situation énergétique est actuellement caractérisée par :

  • un bilan énergétique dominé par l’utilisation massive de la biomasse (bois de feu, charbon de bois et déchets végétaux) avec pour conséquence une aggravation dramatique de la déforestation ;
  • une forte dépendance vis – à – vis des approvisionnements en hydrocarbures, constituant un lourd fardeau pour les finances publiques et entretenant des déséquilibres considérables de notre balance des paiements ;
  • une production d’électricité trop peu diversifiée car essentiellement thermique, qui expose le Sénégal aux aléas des prix du pétrole, dont la tendance à la hausse semble inéluctable, en dépit du léger repli constaté récemment ;
  • un accès très limité à l’électricité, marqué par un déséquilibre considérable entre les villes et les campagnes. Jugez-en : le taux d’électrification nationale se situe aux alentours de 54%, réparti entre 90.1% en milieu urbain et 23.8% milieu rural.

Décrire la situation énergétique du Sénégal amène aussi à parler de nos coûts de production très élevés, qui imposent au Gouvernement de verser à la SENELEC une subvention aux consommateurs, cette fameuse compensation tarifaire, afin de maintenir les prix de l’électricité à un niveau supportable, sans pouvoir les empêcher, nous en sommes malheureusement conscients, d’être déjà assez élevés.

Cette subvention devrait avoisiner les 120 milliards de FCFA en 2012, compte non tenu du financement de certains investissements pris en charge par l’Etat.

C’est plus que le budget de la Santé ; c’est autant que le budget de l’Agriculture !

Disons-le : les prix de l’électricité et des produits pétroliers, malgré les subventions, restent peu compatibles avec une activité économique compétitive et difficilement accessibles à une population à dominante rurale et pauvre.

Enfin, comment dresser la situation énergétique du Sénégal sans insister sur :

  • la très faible utilisation des énergies renouvelables, en particulier le solaire, malgré l’important potentiel dont dispose le Sénégal ;
  • l’utilisation non efficiente des ressources énergétiques disponibles ;
  • pour finir, sur ce que nous avons coutume d’appeler les « délestages ».

Au Sénégal, notre situation énergétique est donc celle d’une crise.

Ce sont l’ensemble de ces raisons qui justifient que le Président de la République, Monsieur Macky SALL, ait, dès le Conseil des Ministres tenu le 25 juillet dernier à Diourbel, tracé les grandes lignes directrices devant fonder la politique énergétique du Gouvernement.

Dites-vous bien donc que ce colloque vient à son heure, et revêt une importance toute particulière pour les autorités sénégalaises.

Il entre en droite ligne de l’orientation donnée par le Chef de l’Etat en vue d’asseoir un secteur énergétique caractérisé par une parfaite disponibilité, un accès universel aux services énergétiques modernes, dans le respect des principes d’acceptabilité sociale et environnementale, avec un coût compétitif supportable pour les populations et apte à attirer les investisseurs au Sénégal.

La nouvelle approche précitée, qui procède de l’analyse du contexte national et international et de la vision sectorielle, sera détaillée dans la Lettre de Politique de Développement du Secteur de l’Énergie 2013-2017 (LPDSE), à laquelle le Gouvernement est entrain de mettre la dernière main et qui poursuit les objectifs stratégiques suivants :

  • assurer l’approvisionnement en énergie du pays en quantité suffisante, dans les meilleures conditions de qualité, de durabilité ainsi que de coût ;
  • opérer la diversification énergétique afin de réduire la vulnérabilité du pays aux aléas exogènes, notamment ceux du marché mondial du pétrole ;
  • promouvoir le développement des énergies renouvelables ;
  • élargir l’accès des populations aux services modernes de l’énergie en veillant à une répartition plus équitable des efforts, tout en privilégiant les régions défavorisées et les couches vulnérables ;
  • promouvoir l’efficacité et la maîtrise de l’énergie dans les choix des investissements et le comportement de tous les jours.

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais insister sur l’électricité.

Le Sénégal s’est résolument engagé à résorber le gap d’infrastructures énergétiques à l’intérieur de tout le territoire afin d’atteindre dès 2017, un taux d’électrification nationale de 70% (95% en milieu urbain et 50% en milieu rural).

C’est dans ce même sillage que la production d’électricité se fera à partir d’une diversité de sources d’énergie primaires incluant notamment le gaz naturel, le charbon, l’hydraulique, les énergies renouvelables (solaire, éolienne, biomasse, etc.), en vue de ramener les coûts de production à des niveaux supportables pour la collectivité et acceptables pour les services et les industries.

Cet objectif reposera largement sur l’intéressement et la pérennisation de l’intervention des investisseurs et opérateurs privés, de même que sur un recours à la coopération régionale et sous régionale.

Permettez-moi d’insister aussi sur le sous-secteur des hydrocarbures et de rappeler qu’il repose sur une raffinerie en relative difficulté, parce que vieillissante, improductive et budgétivore en ressources publiques, alors même que son capital est majoritairement détenu par des privés !

L’objectif du Gouvernement consiste à sécuriser l’approvisionnement du pays en produits pétroliers, mais également à créer les conditions d’une baisse de leurs coûts, tout en réduisant les ressources publiques qui leur sont consacrées.

Ce double objectif n’est pas une utopie. Il sera la logique conséquence d’options économiques et financières rationnelles, en opposition avec des choix anachroniques.

Capitalisant sur le regain d’intérêt des compagnies pétrolières internationales pour le Sénégal, le Gouvernement entend favoriser l’intensification de la promotion du bassin sédimentaire sénégalais, notamment dans l’offshore profond.

L’espoir d’un Sénégal producteur de pétrole ne doit pas se perdre à jamais.

Pour l’heure, l’indépendance relative passe par la nécessité d’organiser au moins sa sécurité.

Par le renforcement de notre capacité de stockage, le Gouvernement veillera à atteindre les objectifs de stocks de sécurité fixés à 50 jours de consommation.

Un Plan directeur de développement de l’infrastructure de stockage sera élaboré afin d’optimiser les investissements et, en même temps, préciser certains aspects institutionnels et réglementaires.

En ce qui concerne la distribution des produits pétroliers, le Gouvernement entend, dans un souci de renforcer les conditions de concurrence, procéder au réexamen des critères d’attribution des licences, du problème des barrières à l’exercice de certaines activités (Jet, lubrifiants), sans oublier les règles et normes auxquelles tout distributeur devrait se soumettre, en particulier pour les infrastructures.

Enfin, soucieux de protéger le consommateur, le Gouvernement mettra en place un laboratoire indépendant de contrôle des produits pétroliers, passage obligé de tous les produits fabriqués ou importés avant leur mise en consommation au Sénégal.

Mesdames, Messieurs,

Votre colloque sera l’occasion de rappeler que les réserves mondiales prouvées de pétrole, de gaz et d’uranium ne seront plus suffisantes dans 50 ans. Et, avant cette échéance, qu’une hausse de leurs prix sur les marchés internationaux est bien sûr inéluctable.

II s’y ajoute que l’importation des produits pétroliers grève lourdement la balance commerciale des pays en développement non producteurs, sans parler des effets néfastes que leur utilisation engendre sur l’environnement, compromettant ainsi la vie des générations futures.

L’exploitation à grande échelle des énergies renouvelables apparaît comme la réponse appropriée à tous ces risques, mais surtout comme celle porteuse de développement durable.

Recevant avec étonnement les récriminations des professeurs et des élèves ingénieurs face au manque de gasoil pour faire fonctionner le groupe électrogène de secours, le président du conseil d’administration de l’Ecole Polytechnique de Thiès que je fus, se souvient de ce rêve qui fut sien lorsque j’imaginais une EPT offrant à la communauté universitaire du Sénégal, et au moins de la sous région, le modèle d’un lieu de savoir ayant construit son indépendance énergétique par le soleil et le vent.

Les énergies renouvelables constituent dans le cas du Sénégal un enjeu considérable, et l’exploitation de notre potentiel national apportera une contribution significative à l’amélioration de notre indépendance et de notre sécurité énergétiques.

Aussi, la mise en place de son cadre légal et réglementaire est-il pratiquement achevé. Une Agence chargée de la promotion des énergies renouvelables a été créée, et un Comité d’agrément mis en place pour la sélection des projets, déjà nombreux à être proposés. Le Gouvernement projette d’atteindre un taux de pénétration des énergies renouvelables commerciales hors biomasse d’au moins 15 % d’ici 2025.

Étonnant paradoxe, l’insuffisance de l’offre énergétique au Sénégal rime malheureusement avec des inefficacités dans la production et la consommation des services énergétiques.

Les choix de production n’ont pas toujours été heureux, et ils appellent d’ indispensables correctifs.

D’importants gisements d’économies d’énergie existent auprès des ménages, mais aussi au sein des services publics et des industries.

L’optimisation de la production, l’économie et l’utilisation rationnelle de l’énergie, sont des sujets de préoccupation majeure qui conditionnent fortement la réussite de toute la politique gouvernementale.

Mesdames, Messieurs,

Toute ambition énergétique, telle que dessinée par le thème du présent colloque, devient vite démesurée, tant les besoins sont importants, d’abord pour combler le retard, ensuite pour soutenir le développement économique et social.

Pour faire face aux besoins de financement du secteur de l’énergie, notre pays ne pourra pas faire l’économie d’un recours significatif aux ressources extérieures provenant des partenaires techniques et financiers. Il devra aussi s’ouvrir aux opportunités offertes par le Partenariat Public-Privé.

C’est pourquoi le Gouvernement reste en particulier attentif aux pistes que vous aurez identifiées pour mettre à la disposition du secteur de l’énergie des sources de financement adaptées et en volume suffisant.

C’est donc avec impatience que nous attendons les conclusions de votre colloque qui, je n’en doute pas, confirmeront les grandes options retenues par le Gouvernement, et apporteront quelques compléments utiles au plan d’actions « Energie », dont l’un des vôtres est le maître d’œuvre avisé.

Je vous remercie de votre aimable attention, et déclare ouvert le Colloque Scientifique sur les défis du Sénégal pour un accès universel à l’énergie : bilan et perspectives.

Voir aussi

Pages 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | ...

Actualités

AccueilInfolettreContactPlan du siteMentions légalesRSSMessagerie