AccueilInfolettreContactPlan du siteMentions légalesRSSMessagerie

Accueil > Actualités > Discours > Colloque de Dakar « Les sociétés musulmanes et la mondialisation »

Colloque de Dakar « Les sociétés musulmanes et la mondialisation »

Discours d’ouverture par Monsieur Abdoul MBAYE Premier ministre de la République du Sénégal. Dakar le 5 avril 2013

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Madame la Présidente du Conseil Economique Social et Environnemental,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Membres du Corps Diplomatique,
Messieurs les Représentants des Confréries religieuses musulmanes et du Clergé sénégalais,
Mesdames, Messieurs,
Chers Invités,

Monsieur le Président de la République, Son excellence Monsieur Macky SALL, m’a demandé de présider en son nom la cérémonie d’ouverture du colloque sur les « Sociétés musulmanes et la mondialisation ». En me confiant cette mission, il m’a rappelé qu’au moment où il acceptait d’accorder son patronage à ce colloque, c’était en sa double qualité de Président de la République du Sénégal et de Président en exercice de l’Organisation de la Coopération Islamique.

En effet, sur cette terre du Sénégal, longtemps connue comme carrefour de rencontres, d’échanges et de foi, l’Islam a fini de s’installer il y a des lustres. Ce fut grâce à de grandes figures religieuses qui ont puissamment contribué à la propagation de la foi islamique en même temps qu’à la diffusion de valeurs éducatives, morales et spirituelles, lesquelles ont très profondément façonné une société islamique ancrée dans une foi ardente.

L’œuvre exceptionnelle de ces vénérés guides a permis, dans notre pays, de donner à l’Islam, son identité originelle de religion de paix, de fraternité et d’ouverture à un monde de différences et de complémentarités. Et c’est dans ce cadre qu’il convient de placer les grandes leçons d’engagement et de travail qui ont permis à nos communautés religieuses de s’illustrer notablement dans les processus d’accession de notre pays à la souveraineté nationale, puis de son progrès économique et social. Egalement ceux de promotion des valeurs de solidarité, de tolérance et d’ouverture, qui donnent à nos compatriotes, la capacité d’aller partout et de s’intégrer à n’importe quelle communauté, de vivre dans n’importe quel système, en gardant profondément leurs valeurs de base, singulièrement celles religieuses.

C’est pourquoi, nous ne rendrons jamais assez hommage à l’œuvre décisive des pionniers de la foi islamique au Sénégal qui ont tout fait pour lui conférer cette identité particulière, et à tous points de vue, remarquable. Je voudrais parmi eux tous, citer Cheikh Oumar TALL, Cheikh Ahmadou Bamba, El Hadj Malick SY, Cheikh Abdoulaye NIASSE, Cheikh Bou KOUNTA, Mame Limamoulaye, et tant d’autres qui ont tout donné pour que notre société soit une société de foi, de paix, de tolérance, de stabilité et de progrès.

Pour bien mesurer le type de société que je viens de rappeler, il suffit juste de regarder vers cette zone amie du Mali où l’intolérance, le radicalisme et le terrorisme, venus d’ailleurs, ont failli plonger toute notre sous-région, dans le chaos. Cela suffit pour montrer le caractère pluriel des sociétés musulmanes dont les Etats qui les abritent, pour l’essentiel, sont membres de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) dont la présidence a été jusqu’il y a peu, assurée par Monsieur le Président de la République du Sénégal.

Depuis un peu plus de quarante ans, notre Organisation, née de la réaction collective de la ummah islamique à l’incendie criminel et odieux de la mosquée Al Aqsa de Jérusalem, ambitionne de se positionner comme l’instrument d’expression et de défense des Etats membres, et comme un outil pour contribuer à assurer le progrès et le bien-être de toute la communauté musulmane, dans le monde.

L’OCI, en effet, est tout particulièrement attentive au sort des populations musulmanes partout dans le monde, et lutte inlassablement contre tout ce qui peut contribuer à une vision négative de l’Islam, et représenter une menace au « vivre ensemble » et à la paix dans le monde. Je n’oublie pas de mentionner, entre autres tendances fortes, que le concept de choc des civilisations et des religions constitue le nouveau terreau idéologique de certaines élites politiques et intellectuelles.

Cette situation est d’autant plus dangereuse que, à l’heure de la mondialisation, le développement et l’imbrication des systèmes de communications et d’échanges font que le moindre fait et le moindre geste ont, sur des distances et des espaces considérables, des conséquences souvent fâcheuses et fulgurantes sur le comportement des hommes, singulièrement quand ils sont touchés dans leur foi.

C’est parce que la mondialisation, outre l’imbrication des échanges planétaires et des communications quasi instantanées, confronte dans un choc souvent brutal, des systèmes, des politiques, des cultures, des modes d’existence, de pensée et d’action. Il s’y ajoute, la faveur dominante que confère la maîtrise déséquilibrée de la science et de la technologie qui permet de peser sur l’ensemble des éléments d’échanges relatifs à l’information, l’écologie, les institutions politiques et sociales, l’économie, les finances, la culture et même les fondements de la foi.

Avers ou revers de la médaille – il appartiendra à l’Histoire de le dire - c’est bien la civilisation mondiale de l’information numérique et de l’internet, qui a permis la révolte de sociétés essentiellement musulmanes contre des régimes politiques d’un autre âge, et que rien ne justifiait dans ce vingt et unième siècle. Et les événements récents dans le monde arabe, ont constitué une onde de choc inattendue dont les conséquences sur les sociétés musulmanes ne sont pas toutes maîtrisées.

De même, la crise malienne que j’évoquais à l’instant, et ses effets dans toute la région du Sahel, est présente dans nos esprits, et mobilise les peuples et les dirigeants de nos régions et du continent tout entier. Car ce qui se passe au Mali concerne le monde : c’est la défense de la paix et de la liberté face à un terrorisme aveugle, osant se prétendre islamique, et qualifié d’islamiste par la pensée dominante des media.

Or le message éternel de l’islam est un message de paix, qui doit être revisité, soutenu et défendu, partout dans le monde, pour corriger les images négatives et les amalgames réducteurs que les illuminés, les terroristes et les ennemis de toutes sortes de l’Islam, véhiculent faussement dans le monde, avec malheureusement, et souvent, une complicité active ou passive des media de la mondialisation.

Dans ce contexte, il convient de saluer votre initiative qui vise à prendre pleinement toute la mesure d’événements récents et de leurs causes profondes, et tenter de les décrypter.

Les gouvernants ont toujours besoin de réflexions, d’analyses et d’études pertinentes et, surtout, orientées vers l’action. Le caractère multidimensionnel de ces événements démontre que les sociétés musulmanes sont en perpétuel mouvement, poussées par leur propre dynamique, mais aussi sous l’effet d’influences extérieures. L’ensemble de nos sociétés se trouve donc en questionnement, et je vous remercie d’avoir choisi d’initier cette réflexion en terre africaine du Sénégal.

Cette terre qui vous accueille peut en effet être retenue comme exemple de dialogue pacifique entre les religions, et particulièrement de dialogue islamo-chrétien. Sous ce rapport, notre pays, le Sénégal, a depuis toujours, donné les gages d’une coexistence harmonieuse, entretenue et vivifiée par des autorités religieuses éclairées et soucieuses du sort de leurs coreligionnaires et au delà d’eux, du sort de tous leurs compatriotes des autres religions et pour tout dire, du sort de tous les hommes.

Le pays qui vous accueille est également modèle servant à démontrer qu’une société majoritairement musulmane, et dont le premier président fut chrétien, peut également faire le choix de vivre et d’entretenir une démocratie forte et durable.

Car le sujet n’est pas seulement la religion en tant que telle. Il est le devenir des sociétés musulmanes dans le contexte d’une mondialisation aux aspects tant positifs que négatifs.

Et s’il est urgent et nécessaire de se pencher sur les sociétés musulmanes et leurs mutations, il nous faut parallèlement aborder la question des économies de nos pays, de leur niveau d’épanouissement et de leur degré de retard par rapport à celles concurrentes. Les crises, les frustrations sociales, la pauvreté et le dénuement, le sentiment d’impasse face à l’avenir, tout cela peut servir de terreau à des formes d’extrémisme alimenté par des discours sommaires et sectaires.

C’est la raison pour laquelle les sociétés musulmanes doivent se donner de nouvelles causes, de nouveaux « djihad », et affronter courageusement leurs principaux handicaps structurels qui ont pour noms :

  • Les insuffisances de nos systèmes éducatifs ;
  • L’absence d’idéal et donc de futur proposé à nos jeunesses ;
  • La coexistence entre richesses individuelles extrêmes et extrême pauvreté ;
  • L’inégalité de développement, au sein d’un même pays, entre régions, certaines étant délaissées ;
  • L’absence de mise en œuvre de grands projets d’intégration régionale afin de favoriser un sentiment fédérateur.

De tels défis comptent assurément davantage aux yeux du monde et de notre Dieu unique que couper mains et pieds, ou brûler science et bibliothèques.

Les penseurs et chercheurs que vous êtes devez agir aux côtés des politiques comme des vigies, ou mieux encore comme la lanterne de Diogène, pour éclairer le chemin de l’avenir.

Sans prendre ma part à vos réflexions, je voudrais simplement souhaiter que vous vous rappeliez que l’Islam, religion de paix, l’est également de justice et de partage. La lutte contre la pauvreté dans toute société s’en réclamant, mais également au sein de la Ummah, doit toujours constituer un axe fort de politique publique, de coopération, de choix de projets et programmes.

Car, il est singulièrement contrastant de voir le niveau et le volume de richesses au sein des sociétés musulmanes, et paradoxalement d’y compter les populations parmi les plus pauvres de la planète. Pourtant, l’eternel message de solidarité, et l’exhortation au soutien et au partage entre les hommes, restent d’une vivante actualité dans l’enseignement divin du Coran et la pratique léguée par le Prophète Seydina Mouhammad(PSL).

Face aux défis du monde moderne et de la mondialisation, et avant tout par la lutte contre la pauvreté, l’univers islamique peut et doit assumer sa part dans la promotion des valeurs et idéaux qui restaurent l’éminente dignité de l’homme et confortent sa vie et sa place dans une société de liberté, de respect des droits et de plein épanouissement.

Mais les sociétés musulmanes ont aussi le devoir de contribuer, à l’échelle du monde, à défendre la paix, à protéger l’environnement commun, pour tout dire, à prendre leur place et leur part, dans l’histoire du monde qui se construit et s’écrit en même temps.

Mesdames, Messieurs,

Si certaines situations induites par la mondialisation, peuvent quelquefois provoquer pessimisme et doute sur le devenir des sociétés musulmanes, tout pourtant autorise optimisme et espérance à la condition que les nombreux atouts à disposition, soient utilisés avec efficacité et efficience.

C’est sur ces mots que je déclare ouvert le colloque « Sociétés musulmanes et mondialisation ».

Je vous remercie de votre attention et souhaite plein succès à vos travaux.

Voir aussi

Pages 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | ...

Actualités

AccueilInfolettreContactPlan du siteMentions légalesRSSMessagerie