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Cérémonie de décoration de Monsieur le Premier Ministre, Abdoul Mbaye, de la grand-croix de l’Ordre national du mérite français (ONM)

Le 13 novembre 2012

Monsieur l’Ambassadeur, Haut Représentant de la République française,

Messieurs les Ministres,

Messieurs les représentants des corps constitués,

Excellence Monsieur l’Ambassadeur, Doyen du Corps diplomatique,

Distingués invités,

Chers amis ;

Je ne puis commencer mon propos de remerciement sans évoquer deux illustres personnages qui ont rendu ma présence possible, aujourd’hui, en ce lieu ; il s’agit, en l’occurrence, de deux grands absents :

Le Général de GAULLE, créateur de l’Ordre National du mérite ;

François Hollande, Président de la République française, qui me fait l’honneur de m’élever à la dignité de Grand Croix dans l’Ordre National du Mérite français sur proposition de Monsieur le Président de la République du Sénégal.

N’ayant pas eu la chance de connaître le premier, je me dois de rappeler que la paternité lui revient (du reste partagée avec deux autres signataires du décret qui accèderont également aux charges de président de la république française) d’une institution qui œuvre à honorer les mérites distingués, civils ou militaires, rendus à la nation française. C’était en décembre 1963. Le nouvel ordre créé prenait immédiatement une importance particulière en ce qu’il remplaçait plusieurs ordres ministériels et coloniaux.

Quant au second, que je connais quelque peu, en revanche, notre présence au sein de la promotion 1976 de l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales, aurait pu être sans lendemain si nos passeports respectifs de sénégalais et de français ne nous invitaient pas , presque naturellement, à ne pas en rester là.

Oui ! Mesdames, messieurs, l’école, l’université et surtout les grandes écoles françaises tissent entre « anciens élèves » des liens que parfois les destins individuels projettent en pleine lumière. Aujourd’hui, c’est le camarade Hollande qui a promu son condisciple dans la dignité de Grand-croix dans l’ordre national du Mérite français.

En pareille circonstance, tout homme raisonnable doit se demander : « qu’ai-je bien pu faire pour mériter une telle distinction, un tel honneur ? ». Laissez – moi, vous avouer, sans aucune fausse modestie, que je n’ai pas trouvé réponse à cette question.

Lorsque je parcours le film arrière de ma carrière professionnelle, je ne vois rien qui puisse justifier une telle distinction. Car, en effet, dans toutes les positions que j’ai occupées, je n’ai jamais rien fait d’autre que mon devoir : devoir de dirigeant d’entreprise, devoir de responsable, devoir de citoyen sénégalais, devoir d’africain. Avec toujours la claire conscience d’exercer une charge temporaire, et donc d’avoir à la remettre, tôt ou tard, à un autre pour en poursuivre l’exercice.

Je n’ai par contre jamais caché être redevable de la France. Elle m’a accordé cette bourse d’études réservée aux meilleurs bacheliers des pays qui avaient partagé son Histoire. Elle m’a accueilli en son prestigieux lycée Louis le Grand. Elle m’a permis de bénéficier d’une formation de qualité à HEC et à la Sorbonne. Il est donc naturel que je reconnaisse beaucoup devoir à la qualité des relations entre la France et mon pays. Et en retour, je continuerai, à ma modeste échelle, de toujours contribuer au raffermissement de ces relations.

Mesdames, Messieurs,

En recevant cet insigne, aujourd’hui, des mains de M. l’Ambassadeur de France et en sa résidence, je ne peux non plus, bien au delà de ma personne, manquer d’évoquer les relations séculaires qui unissent le Sénégal et la France. Tout ou presque a déjà été dit : Sur la ville de Saint-Louis du nom du roi Louis XIV , symbole de la présence française en Afrique occidentale ; sur ses citoyens qui enverront leurs cahiers de doléances aux Etats généraux en 1789 ; sur la résistance à Faidherbe de la part des royaumes wolof et toucouleurs ; sur les deux guerres mondiales et leurs tirailleurs sénégalais morts pour la France ; sur le chemin vers l’indépendance aux cotés de la France dans le cadre d’une Communauté franco-africaine. Bref, notre histoire commune est bien singulière et continue encore de nos jours à faire débat, dans les salons dakarois et parisiens.

Demain, certains esprits chagrins vont certainement railler dans la presse l’image de cette cérémonie en la classant comme un cliché de plus sur la longue liste des « vestiges du néo colonialisme français »…

D’autres, au contraire y verront un signe d’une relation France-Sénégal, égale à elle-même, mais qui ne s’interdit pas d’évoluer au gré des circonstances et selon les intérêts de nos deux pays .

Mais, force est de constater que toute relation entre la France et un Etat africain de l’ancienne AOF ou AEF est inéluctablement prisonnière du prisme déformant de la « Françafrique », cette formule de « com », devenue un référentiel idéologique clivant. Pour les gens de notre génération, qui n’avons pas ou peu connu la période coloniale, nous sommes partisans d’une approche décomplexée de notre relation. Les critiques, les crises et les tensions sont signe de la vitalité même de notre relation. Vitalité paradoxale, au demeurant. Car comment fonder une relation véritablement équilibrée, entre le colonisé et son ancien colonisateur ?

Et, pourtant c’est là que réside la marque propre et originale de la relation entre nos deux pays, relation qui n’appartient pas au seul présent immédiat mais plutôt au temps long, à ce que le grand historien français Fernand Braudel appelait « la longue durée » ; parce que le temps long, seul, permet de dépasser l’histoire événementielle pour surmonter ou intégrer les survivances de l’époque antérieure et mobiliser les forces nécessaires pour tracer les chemins d’avenir.

C’est cette ambition là que le Président de la République du Sénégal, M. Macky Sall, entend partager avec la France et il rejoint en cela le Président François Hollande dans son discours devant l’Assemblée nationale sénégalaise, et sa promesse de refondation de la relation France-Afrique, avec un trait d’union, cette fois, et non pas un c cédille « ç ».

Mesdames, Messieurs,

C’est dans la fidélité à cette longue histoire franco-sénégalaise et à ce double engagement des Présidents François Hollande et Macky Sall que je voudrais remercier le Président Macky SALL, vous remercier vous, Monsieur l’Ambassadeur, et vous prier de transmettre mes remerciements à M. le Président François Hollande de l’insigne honneur qu’il me fait aujourd‘hui, et de l’assurer que je m’engage à m’en montrer digne.

Abdoul MBAYE Premier Ministre du Sénégal

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