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Célébration du cinquantenaire de l’Institution universitaire de formation et de recherche à l’éducation (FASTEF)

Allocution de Monsieur Abdoul Mbaye, Premier ministre de la République du Sénégal. Samedi 26 mai 2012 à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (FASTEF)

  • Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche,
  • Monsieur le Médiateur de la République,
  • Mesdames, Messieurs les Ministres,
  • Monsieur le Premier Ministre Mamadou Lamine LOUM,
  • Professeur amadou Mahtar MBOW , parrain de ce cinquantenaire,
  • Monsieur le Ministre et Doyen Professeur Assane SECK ,
  • Monsieur le Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar,
  • Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
  • Messieurs les Recteurs des Universités de Thiès, Bambey, et Gaston Berger de Saint-Louis,
  • Monsieur le Doyen de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Education et de la formation,
  • Mesdames, Messieurs les doyens de Facultés et Directeurs d’Instituts de l’Université,
  • Mesdames Messieurs les Professeurs membres de l’Assemblée de l’Université Cheikh Anta Diop,
  • Mesdames Messieurs les représentants des familles de feu Amadou Traware, feu Séga Seck Fall, feu Valdiodio Ndiaye , anciens directeurs de l’Ecole Normale Supérieure,
  • Chère Madame Raymonde Mbow ancienne directrice du Centre de Recherche de l’ENS,
  • Docteur Massamba Diop fils du Parrain de notre Université,
  • Messieurs les Enseignants, les personnels techniques et de service de la FASTEF,
  • Mesdames Messieurs les secrétaires généraux d’organisations syndicales d’enseignants,
  • Chers parents d’élèves,
  • Chers Etudiantes et Etudiants,
  • Chers invités.

C’est avec un réel plaisir que je viens présider, au nom du Chef de l’Etat, Monsieur Macky SALL, cette cérémonie célébrant le cinquantenaire de la FASTEF, institution universitaire de formation et de recherche en éducation.

J’y prends d’autant plus plaisir que vous avez choisi, avec bonheur, de désigner comme Parrain de cette cérémonie, le Professeur Amadou Makhtar MBOW.

Homme d’exception, le Professeur Amadou Makhtar MBOW, est une éminente personnalité qu’on ne présente plus. Incarnant nos valeurs les plus essentielles, il est non seulement l’un des plus illustres fils de notre terroir, mais également et surtout un homme de dimension universelle. Son engagement et son militantisme patriotiques sont propres à marquer notre jeunesse en quête de repères, en cette période de crise et de profondes mutations.

Et nous apprécions tous, le rôle déterminant qu’il a joué dans la mise en place de structures de formation au Sénégal.

Avec la création du Centre Pédagogique Supérieur (CPS), et sa mutation en Ecole normale supérieure, devenue aujourd’hui la Faculté des Sciences et Techniques de l’Education et de la Formation (FASTEF) au sein de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, notre pays dispose d’une prestigieuse structure de formation d’éducateurs. Des années durant, elle a produit des enseignants de qualité, qui ont assuré avec brio la relève de l’assistance technique étrangère après l’indépendance du Sénégal, pour, à leur tour, doter notre pays de cadres à la compétence avérée dans différents secteurs d’activités.

Cette renommée qui nous honore fait notre fierté, nous la devons en partie aux performances de nos enseignants, qui ont donné à ce pays des ressources humaines de qualité, si appréciées à travers le Monde.

Qu’il me soit donc permis de rendre ici un vibrant hommage si mérité, à ces artisans infatigables de la transmission des connaissances qui libèrent l’Homme et lui rendent sa Dignité. Sur toute l’étendue du territoire national, et dans des conditions souvent difficiles, les enseignants tentent de s’acquitter de leur mission, avec honneur, dignité et dévouement.

Mais vous le savez, les anniversaires sont aussi des moments forts de retour sur soi et d’introspection, des moments de réflexion sur le chemin parcouru et de projection sur ce qui reste à parcourir, donc un moment de prospective. Célébrer l’anniversaire d’une institution universitaire aussi prestigieuse que la FASTEF nous offre, en sus de la forte symbolique attachée à l’événement, une belle opportunité de nous interroger sur certains aspects de la nouvelle société sénégalaise à construire, et sur le système éducatif qui doit en constituer l’un des socles majeurs.

Ces interrogations nous interpellent alors que vient d’avoir lieu, dans notre pays, une alternance politique. Le président Macky SALL a été porté à la tête de l’Etat par un sursaut patriotique exigeant une rupture avec des pratiques et des comportements condamnables et décriés.

Mesdames, Messieurs,

vous n’êtes pas sans savoir la place éminente que le Président de la République accorde à l’éthique pour ancrer un mode de gouvernance vertueuse dans notre pays.

Le programme pour lequel le peuple sénégalais l’a élu postule qu’ « une jeunesse reconsidérée et responsabilisée, c’est certes une jeunesse rassurée quant à son futur (politique de l’emploi et de l’éducation), c’est aussi une jeunesse épanouie à travers le sport, la culture, les loisirs et le partage des valeurs collectives » (Programme Yonou Yokouté).

Ces nouvelles orientations nous interpellent sur le sens même de notre action, nous dirigeants, et vous enseignants qui avez la charge de l’éducation des filles et fils de la Nation.

Permettez moi alors de consacrer l’essentiel de mon temps de parole aux piliers éthiques et déontologiques de notre système éducatif au cœur duquel se trouve l’enseignant.

Vous me permettrez, honorables enseignants, de vous rappeler ce que vous savez mieux que moi, à savoir que l’éthique est ce paradigme fondateur qui répond à la question fondamentale : comment mieux agir ? Appliquée à l’éducation, elle nous interpelle sur le sens même de notre action, de votre action, vous qui avez la charge de l’éducation des filles et fils de la Nation, vous sur qui pèsent les destinées des populations de notre patrie. L’éthique a un contenu dynamique lequel se nourrit aussi bien de la morale individuelle ou collective, religieuse ou laïque mais aussi du bon sens et de la raison. Elle constitue la mesure de la légitimité de l’action humaine en lui fixant les limites à ne pas franchir pour demeurer acceptable et supportable.

L’éthique et la déontologie (qui en est la traduction juridique) sont les mamelles inspiratrices de tout système éducatif viable et pérenne. C’est le lieu de rappeler que la vitalité de tout système éducatif se mesure à l’aune de la foi éthique de ses enseignants, des règles déontologiques qui structurent et déterminent leur action au quotidien, je veux dire, des valeurs de référence qu’ils transmettent aux nouvelles générations pour irriguer les espérances de la Nation.

Comment peut-il en être autrement si l’on sait que l’Ecole est le champ de labeur où l’on forge la personnalité et cultive l’esprit aux valeurs citoyennes et républicaines. L’Ecole est en effet le temple où se transmettent certes le savoir et le savoir-faire mais c’est également le sanctuaire où l’on s’élève pour accéder au savoir-être ainsi qu’au savoir-vivre ensemble et avec les autres.

Je sais votre engagement et votre détermination à bâtir un système éducatif juste, équitable et performant. C’est de la sincérité de votre engagement que je tire mon enthousiasme pour vous convier à une réflexion sereine sur la place de l’éthique et de la déontologie dans le système éducatif sénégalais. En d’autres termes, quelles sont les valeurs qui doivent servir de socle à l’émergence d’une éducation pertinente et efficace dans notre pays, prompte à nous propulser sur la voie du développement véritable ?

Le contrat social qui nous lie à la Nation est générateur d’obligations. Et l’éthique professionnelle et la déontologie commandent à l’enseignant, le respect de l’engagement contractuel "temps" à consacrer à son employeur (l’Etat) lorsqu’il est rémunéré, dans une Nation en développement où l’urgence de former, coïncide avec celle de lutter contre la pauvreté, l’insécurité alimentaire et les maladies endémiques.

Le sens de l’honneur et l’esprit de sacrifice doivent trouver des déclinaisons patriotiques chez les uns comme chez les autres.

Le dirigeant devrait inscrire son action dans le respect du principe d’équité entre les citoyens, et le respect des engagements souscrits durant les négociations de sortie de crise. Ces engagements ne peuvent être pris que réalistes. Ils ne peuvent être acceptés par la partie bénéficiaire que sous cette condition.

L’enseignant devrait être animé du souci d’objectivité, pour reconnaître que tous les besoins ne peuvent être satisfaits en même temps, et accomplir ses devoirs autant qu’il réclame ses droits. Il appartient à l’Etat, de faire preuve d’ouverture et de donner place à la concertation et à l’échange avec tous les acteurs concernés, pour une juste appréciation des limites des ressources disponibles, en vue de l’acceptation responsable par tous les partenaires, des contraintes de répartitions transparentes que cela impose. Alors, l’interaction entre les droits et les devoirs prend pleinement sens aux yeux des citoyens, et des sacrifices librement consentis et équitablement partagés peuvent avoir lieu.

Je sais par ailleurs que des problèmes récurrents se posent à l’Université, avec un sureffectif d’apprenants en augmentation constante, alors que l’ensemble des dépenses consacrées à l’éducation grève déjà lourdement le budget de l’Etat. Sur instructions reçues du Chef de l’Etat, le Gouvernement examinera la question avec toute l’attention requise.

Mesdames, Messieurs,

Si pour les gouvernants, il s’agira de gérer avec efficacité, sans se servir indûment, non plus égoïstement. Pour les enseignants, il s’agira de former, sans déformer, les jeunes consciences des apprenants, de respecter leur droit à l’éducation et à une formation de qualité.

Or donc, l’Ecole doit rester le creuset de promotion de la liberté, de l’égalité des chances, du respect de la dignité humaine et de la parole donnée, du respect de la valeur du travail et de la récompense du mérite, du culte du bien public et de l’intérêt général. C’est aussi le sens de la responsabilité citoyenne, qui induit transparence et reddition des comptes, que le Gouvernement que j’ai l’honneur de diriger, s’efforcera de mettre en pratique, conformément aux orientations du Chef de l’Etat. Cette vision doit avoir un prolongement adéquat dans notre système éducatif. Les enseignants devront faire davantage preuve d’innovation pour inventer des pédagogies nouvelles afin de transmettre efficacement les valeurs collectives de référence que la jeunesse attend de l’Ecole. L’éducation est un droit fondamental de l’homme dont les dimensions éthiques doivent aider à cultiver l’humilité, la générosité, le respect de la dignité de l’autre, la justice, l’objectivité et l’abnégation. A cette fin, toutes les formes d’intelligence (intellectuelle, émotionnelle, stratégique etc.) doivent être mises à profit pour explorer tous les possibles qui mènent au bien-être et au bonheur de nos populations.

« Pas d’éducation véritable sans éthique ! » suis-je tenté de dire pour exprimer la part de l’éthique dans la construction d’un système éducatif et partant d’une société. Il existe en effet, une nécessaire complémentarité entre l’éducation et l’éthique dans la perspective de la construction d’un commun vouloir vivre ensemble, c’est à dire d’une Nation.

L’on oublie parfois que l’Etat est le promoteur d’un projet d’enseignement gratuit pour le plus grand nombre. Retenons la noblesse de ce projet malgré maladresses et imperfections. Mais ce projet est en danger du fait notamment de grèves à répétition de l’enseignant ou de l’apprenant, soit donc ses premiers bénéficiaires et acteurs.

La construction de cette Nation incombe à tous ses enfants au premier rang desquels figurent bien l’enseignant et l’apprenant. Le sens de l’honneur et l’esprit de sacrifice doivent trouver des déclinaisons patriotiques chez l’un comme chez l’autre : l’enseignant devrait être animé du souci de connaître et reconnaître les limites de l’employeur en termes de moyens disponibles, et de leur répartition entre tous les besoins sociaux à prendre en compte ; l’apprenant devrait apprendre à reconnaître les discriminations positives dont il fait l’objet au détriment de plusieurs catégories sociales tout aussi méritantes, en raison de l’espoir de la nation qu’il incarne. L’Etat, dont la bonne foi ne saurait souffrir de suspicion dans une œuvre gratuite, doit alors faire preuve d’ouverture et donner place à la concertation et à l’échange qui permettent l’évolution de l’ensemble de son projet dans un sens favorable et positif, et dans la limite de ses contraintes globales de répartition.

Chers enseignants, chers apprenants
Mesdames, Messieurs,

Il est alors possible d’ériger l’éthique en paradigme du système éducatif et en faire un instrument de mesure de sa légitimité et de son efficacité. Du côté des enseignants, elle se déclinera en règles déontologiques et servira de mesure à la légitimité du pouvoir du savoir comme à son exercice tandis que du côté des apprenants, elle sera le critère à l’aune duquel s’appréciera l’exercice de leur droit à l’éducation et des libertés qui lui sont attachés. L’ensemble de ces valeurs et normes déontologiques devrait faire l’objet d’une Charte érigé en repère pour l’ensemble des parties prenantes au système éducatif.

C’est pourquoi, le Président de la République a instruit le Gouvernement de mobiliser les enseignants et l’ensemble des parties prenantes pour que l’éducation nationale contribue davantage et efficacement à assurer la pérennité des valeurs de la République et du respect des droits des personnes. Dans cette perspective, il importe de créer le cadre d’un échange étendu et global sur notre système d’enseignement, sans omettre de donner sa juste place à la promotion d’une déontologie de l’enseignement et d’une éthique professionnelle de l’enseignant car l’éthique professionnelle est devenue de nos jours une compétence.

Chers enseignants,

En vous confiant ses enfants, la Nation vous enjoint de cultiver la vertu et, en modèles, de leur transmettre le vrai savoir, de leur permettre de définir une distance éthique dans leurs rapports à l’argent, au pouvoir, mais aussi à la drogue, à la sexualité, à la famille. C’est bien votre attitude exemplaire qui construira chez l’enfant, puis chez l’adolescent, le respect de celui qui lui transmet une part de son savoir.

L’Ecole doit aider à cultiver le sens de l’honneur et des responsabilités dont les différentes déclinaisons dans nos cultures sont innombrables (ngorr, diom, fit, kersa, fayda, soutoura etc.), comme elle se doit de contribuer à lutter contre la mal gouvernance ainsi que les dérives sectaires et communautaires qui sapent l’unité nationale et la cohésion sociale.

Chers enseignants, Chers apprenants,
Mesdames, Messieurs,

Emprunter le chemin du véritable développement, c’est accepter de s’engager résolument dans la voie de la gouvernance vertueuse qui est celle du changement des mentalités, d’adaptation de nos institutions et normes à nos structures mentales, économiques et socio-culturelles, de changement de nos méthodes d’organisation et de gestion. C’est accepter de transformer notre environnement dans toutes ses dimensions pertinentes pour en faire un environnement propice à l’émergence d’une société prospère et ouverte, inclusive et solidaire, qui assume son humanité avec responsabilité et dignité.

Sans un engagement collectif responsable et pleinement assumé par l’ensemble des parties prenantes du système éducatif, aucun défi ne sera relevé. Les générations d’aujourd’hui porteront alors sur la conscience la responsabilité d’avoir laissé passer la chance du siècle pour améliorer sensiblement leurs conditions d’existence et léguer aux générations futures un héritage qui fera leur fierté et honorera nos mémoires.

S’engager, c’est accepter, le moment de l’action salutaire, de taire nos divergences et nous réunir autour de l’essentiel, pour non seulement sauver notre système éducatif mais le rénover. Le temps ne doit plus être aux querelles stériles ni aux manœuvres qui nous ont déjà assez coûté mais au travail. Nul à travers le monde ne saurait comprendre et justifier l’impasse sénégalaise malgré son génie qui fait des merveilles partout mais pas assez chez lui et pour les siens.

Fort heureusement, nous sommes sur la bonne voie, par la grâce de Dieu, l’intelligence de notre peuple et le patriotisme de nos enseignants.

Le Président de la République m’a dit savoir pouvoir compter sur vous, prenant à témoin cette date symbole de l’anniversaire de l’Ecole normale, et vous invite à relever le défi de la normalisation de notre système éducatif dans le respect des règles éthiques et déontologiques, de nos valeurs de civilisation et des standards internationaux.

Chers enseignants, Chers apprenants,
Mesdames, Messieurs,

Dans « Ainsi parlait Zarouthoustra », Nietzsche nous invite à méditer sur les grands événements. « Les plus grands événements, dit-il, ce ne sont pas nos heures les plus bruyantes, mais nos heures les plus silencieuses. Ce n’est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c’est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde ; il gravite en silence ».

Je forme le vœu que de vos heures silencieuses, émergeront des valeurs nouvelles qui viendront illuminer le système éducatif de notre pays. En vous renouvelant mes compliments et mes encouragements, je vous redis tout le plaisir que j’ai eu à communier avec vous en cette belle journée que l’engagement de chacun d’entre vous a rendu mémorable.

Je vous remercie de votre aimable attention.

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